
Reconsidérer le réseau d’axes mineurs de la Loire à Dobrée
Gayane COOMANS, Apolline SPILKA–GEORGEOT, Yohann BOUCHAND

TEXTE MANIFESTE
“Les pieds dans l’eau et la tête en feu ”, voilà ce qui attend le secteur n°07.

Unique secteur du transect en contact direct avec la Loire, il est particulièrement soumis aux menaces climatiques en cours. En effet, si le fleuve décide de sortir de son lit, les berges vont devoir faire preuve de réversibilité et d’adaptabilité face à cette grande entité incontrôlable. Ce phénomène majeur cache un autre trait plus discret mais tout aussi important ; celui des interstices. Ainsi, si la Loire a grandement dessiné la ville, d’autres tracés plus ou moins repérables y ont aussi participé. Des venelles résiduelles découlent des grands axes structurants qui se jettent dans la Loire et qui sont très exposés comme le Cours Cambronne ou le Quai de la Fosse.
Mais alors qu’en est-il du réseau invisible de ruelles perpendiculaires à ces axes qui se faufilent entre les anciens îlots bâtis du centre historique et qui remontent de la piscine Léo Lagrange jusqu’aux musées ?
Le Sillon de Bretagne qui longe le Quai de la Fosse marque une rupture topographique et une division sociale du secteur. En effet, grâce à des témoignages, nous avons compris que cette scission est à l’origine de grands détours pour accéder au cœur du centre-ville. Les passages pentus qui la traversent sont souvent méconnus ou difficilement praticables avec des poussettes et par des personnes à mobilité réduite. De plus, on a pu remarquer la présence d’une population plus aisée sur le plateau haut (Place Graslin et Cours Cambronne) et une plus forte mixité sur le plateau bas (accentuée lors du marché le samedi matin).
Ainsi, ces venelles aux dimensions humaines et intimes, réservées aux piétons, pourraient être à la fois des raccourcis entre la ville haute et la ville basse, des vecteurs de lien social mais aussi des connexions entre les lieux communs du quartier.


Effectivement, le secteur n°07 compte plusieurs grandes entités culturelles. Près des berges, la piscine municipale Léo Lagrange construite en 1968, anciennement bassin extérieur ouvert sur la Loire, offre un équipement sportif en plein centre-ville. Le parking Gloriette-Petite Hollande, actuellement en transformation dans le cadre du projet du parc Archipel prévu pour 2030 (agence TER), voit s’installer tous les samedis depuis 1969, le marché. Véritable événement hebdomadaire, il rassemble une grande diversité de profils venant de Nantes et sa périphérie. Derrière, la médiathèque Jacques Demy construite en 1985 est d’une importance certaine pour le quartier puisqu’avec ses escalators et son ascenseur, elle constitue la charnière entre le haut et le bas de la ville. Enfin, nous arrivons aux musées. D’abord le muséum d’histoire naturelle érigé en 1810 dans le contexte scientifique de son siècle qui va bientôt connaître un renouvellement, puis le musée Dobrée qui date de la fin du XIXème siècle et qui a récemment rouvert ses portes suite à des travaux de restauration.
Tous ont un impact sur l’attractivité du secteur mais la résonance et le lien entre les services qu’ils proposent seraient peut-être à élargir dans l’espace public.
Aucune de ces entités ne vient seule car elles sont toutes accompagnées d’un espace vert au traitement végétal qui lui est propre, créant ainsi une variété de typologies paysagères au sein du secteur. On retrouve alors les berges sauvages de la Loire, les parterres plantés et délimités du parc contemporain Archipel au pied de la piscine, les petites pelouses vertes et les quelques parcelles potagères du square Gabriel Chéreau qui juxtapose la Médiathèque et ses parvis imperméables, le rappel des jardins à la française avec le Cours Cambronne, le jardin associatif du square Louis Bureau derrière le muséum et pour finir le musée Dobrée avec son contour arboré percé de part et d’autre.
Bien qu’insuffisants pour pallier aux nombreux îlots de chaleur du quartier, ils contribuent tout de même à la création d’une ambiance hospitalière.

Le secteur n°07 est finalement un territoire mouvant aux rythmes de la Loire et des passants, ponctué de lieux communs couplés à leur espace vert. Ainsi, pour recréer une dynamique transversale au secteur, au travers des séparations spatiales et sociales, la revalorisation des interstices apparaît comme une solution de liaison et d’extension des entités présentes sur le secteur au regard de l’espace public. Et si la Loire se réveille, ces interstices seraient alors l’occasion d’y plonger ou bien de prendre de la hauteur.
CARTES À JOUER

STRICTE ET
CHALEUREUSE
TRAVERSÉE
Face aux changements climatiques, le cours Cambronne a-t-il atteint ses limites ?
Le cours Cambronne relie la place Graslin à la rue des Cadeniers par un jardin à la Française enclavé entre deux îlots aux façades néo-classiques. La végétation, trop peu présente au vu des surfaces minérales, est très contrôlée. Des lignées d’arbres taillés abrite de petites zones de pelouse et devance quelques arbres plus hauts et moins entretenus. Ainsi le centre du cours, en sol clair de type stabilisé, est pleinement ensoleillé lors de journées à ciel dégagé et est propice à s’ancrer dans la lignée des îlots de chaleur qui ponctuent la ville . Il est alors légitime de questionner l’hospitalité du lieu au vu de sa confortabilité et de son exposition.

ARCHIPEL ?
Comment accentuer les connexions spatiales d’un centre significatif ?
Aspirant à créer de nouveaux îlots de fraîcheur, le projet du parc Archipel nous questionne. En termes de végétation, d’abord car la quantité d’arbres ainsi que leur plantation en parterre végétale nous paraissent être une participation assez pauvre aux enjeux actuels de la renaturalisation en plus d’empêcher un usage quelconque. Les étendues et chemin proposées nous semblent également questionnables car limitante dans l’appropriation des espaces par tou.te.s. Finalement, c’est un projet d’embellissement entièrement tourné vers une attractivité de la Loire au dépends du contexte environnant et des enjeux du terrain. Un élément important de cette zone du secteur est la présence du grand marché hebdomadaire, est un événement marquant qui génère d’importants flux ainsi qu’une grande diversité sociale.

PISCINE À
DÉBORDEMENT
Comment retrouver le lien entre la Loire et sa piscine ?
Autrefois piscine à ciel ouvert en contact direct avec la Loire, l’espace nautique Léo Lagrange se voit désormais tourné en son intérieur, composé de 3 bassins, vitrés sur les masses végétales des berges et le trafic automobile attenant. Avec la progression potentielle de la Loire, ce centre sportif se retrouve directement impacté par les enjeux de réversibilité et d’adaptabilité. De plus, sa proximité à la Loire invite à questionner le rapport entre bâtis et nature par des dispositifs plus ouverts et expérimentaux. Ce lien nous paraît important à conserver, retrouver et accentuer.

HORIZON 2050
Comment mettre en place de nouvelles berges adaptées et adaptables ?
Selon les dernières estimations du Giec, le niveau moyen de l’océan augmentera de 28 cm à 1m selon les scénarios. D’après les experts, une large zone du secteur sera potentiellement sous l’eau d’ici 2050 ; c’est un délai court, pour trouver des solutions, à l’échelle de la construction de la ville. Les berges doivent être réinventées pour accueillir un Loire plus haute, mais également s’adapter à une montée progressive de l’eau, et anticiper de possibles crues plus importantes. Ce questionnement des berges pousse alors à la réflexion sur de nouveaux usages et de nouveaux points d’intérêt dans la ville.

OUVERTURE À LA
VILLE
Un exemple de porosité à appliquer à une plus grande échelle ?
Constitué de 3 bâtiments de différentes époques, le site du musée Dobrée subit une réhabilitation en 2017. L’entrée se fait maintenant par un parvis minéral donnant sur le bâtiment d’accueil et une rampe inclinée menant aux jardins du musée d’abord, puis derrière sur un square de quartier incluant des jeux. Cette opération amène au quartier une nouvelle ouverture, offrant de nouvelles traversées de celui-ci, au profit des mobilités douces. Cette composition, berceau d’une porosité, étend son influence et ses atouts hors de son parcellaire et entre en adéquation avec les principes que nous souhaitons étendre à l’échelle du secteur.

GRASDIN
Comment jouer des spécificités topographiques du secteur ?
Les sols du secteur présentent de nombreuses spécificités. Tout d’abord par sa topographie comprenant le sillon de Bretagne. Une ressaut topographique qui coupe et traverse de Saint-Nazaire à Nantes, laissant une ville découpée entre deux hauteurs. Cela explique notamment la grande différence de hauteur entre le plateau haut, les musées et la place Graslin, et le plateau bas, le quai de la fosse et l’ile gloriette. Il s’agit également d’une zone ayant été comblée lors des grands travaux de déviation de la Loire. Le sol en est resté meuble et instable sur plusieurs dizaines de mètres. Finalement, c’est également la zone de passage du train en souterrain, aménagement de grande ampleur qui traverse d’est en ouest le secteur d’étude.

DIVERSITÉ ET
INCLUSION
Comment favoriser l’inclusivité au sein d’un quartier ponctué d’entre-soi ?
Le secteur offre une large variété de profils. En effet, bien que le secteur soit majoritairement habité par des populations aisées, il est parcouru est utilisé par des usager.ère.s aux profils divers; du cours Cambronne, au square Daviais, les profils sociaux-culturels dominants ne sont pas les mêmes en fonction des espaces . Le marché est également un lieu d’attractivité à une échelle bien plus grande que le secteur uniquement, car sa taille et sa proximité avec la ligne de tram attire, depuis les périphéries nantaises, des populations populaires. Cependant, ces observations révèlent de forts phénomènes d’entre soi, et nous poussent à questionner les capacités d’inclusion du secteur.

CLIMATISER
Comment s’adapter pour limiter les effets du changement climatique ?
Le réchauffement climatique n’a de cesse de s’accélérer et pose de nombreuses problématiques. Tout d’abord la question de l’îlot de chaleur, certains espaces ne sont ni arboré, ni protégé, les rendant alors impraticables. En parallèle, la question de la montée des eaux est considérable avec à la fois des espaces inondés d’ici à quelques dizaines d’années mais également de plus grandes crues. Finalement, la pollution de l’air avec le passage d’axe routier important peut être évoquée. Dans les années à venir, et notamment avec le projet archipel, la voiture est poussée en dehors du centre-ville, qui lui se piétonnise. Il est alors important de mettre en place les aménagements pour répondre à ces nombreuses spécificités et anticiper les changements en cours et à venir.

LES PIEDS DANS L’EAU
ET LA TÊTE EN FEU
Comment assurer l’usage et la traversée d’un îlot de chaleur ?
La médiathèque est construite à cheval entre les deux plateaux géologiques du sillon de Bretagne, un ressaut topographique de Loire-Atlantique. Le bâtiment présente la spécificité de connecter les niveaux haut et bas de ce ressaut, avec une composition comprenant une place haute et une place basse, reliées par un escalier. Si la place basse est jugée peu hospitalière à cause de son manque de luminosité et des importants flux qui la bordent, la place haute est quant à elle accueillie avec succès hors épisode caniculaire. En effet, coulée en bitume sombre et dénudée de toute végétation, cette plateforme est fuis lorsque le soleil s’invite. Un îlot de chaleur non propice à respecter son rôle de connecteur entre le haut et le bas du quartier.

UN ÉQUILIBRE
TRICÉPHALE
Comment reproduire cette mixité de productions à une autre échelle ?
Le Muséum de la métropole de Nantes est un important lieu culturel de la ville auquel est accolé le square du museum Louis Bureau. Un espace végétalisé organisé autour d’un potager partagé, c’est un lieu qui offre un passage par mobilité douce agréable et un espace de découverte. Une dualité entre le jardin et le musée s’opère de part leurs superficies semblables, leurs rôles éducatifs et leur création de liens sociaux bien qu’à des échelles et sujets variées. C’est un élément essentiel du quartier, qui impacte les rythmes et les flux en proposant une pluralité de la production dans une zone concentrée. Ses différentes spécificités, nous ont amenées à voir ce micro-climat comme un schéma à reproduire.
FOND DUR / COUPE LONGUE



TABLEAUX ENJEUX / RÉFÉRENCES



HYPOTHÈSES
RÉVERSIBILITÉ LIGÉRIENNE
Développer le rapport à la Loire, entité naturelle capricieuse.
Ici, deux perspectives paraissent essentielles à prendre en compte, voire à combiner.Les berges doivent être appropriables et en capacité d’accueillir des usages que la Loire soit dans son lit mineur ou son lit majeur. L’idée est donc de multiplier les contacts avec cette dernière en prévoyant sa possible montée. Cela passe notamment par la remise en question de la perméabilité des sols et des activités proposées.

PASSER D’UN COMMUN À L’AUTRE
Relier les différents points forts du secteur, tant les équipements que leur double paysager.
L’objectif est ainsi de créer une diagonale entre les communs, un réseau qui incite le passage du bouquin au bassin et du bain de soleil à l’exposition on. Deux scénarios se détachent : tracer une continuité spatiale ou ériger des éléments saillants laissant libre le développement des liaisons. Ces solutions passent par les venelles s’inscrivant ainsi dans une volonté de mise en valeur des axes mineurs. Les propositions pourraient alors inclure des œuvres d’art ou des équipements sportifs ponctuels et successifs pour poursuivre les services proposés.

SCÉNARIOS
LA LOIRE AU BOIS DORMANT

ELLE SORT DE SON LIT

PETIT POUCET

FIL D’ARIANE

ACTIONS

1. MOBIL’EAU

2. LA PLAGE

3. MARCHER SUR L’EAU

4. PANORAMAS SUSPENDUS

5. PARVIS OCCUPÉS

6. FOLIES NANTAISES

7. MOBI-LIEN

8. DESSINER SUR LES MURS
- Mettre en place du mobilier urbain qui meurt dans la Loire afin d’offrir des lieux de pause tournés
vers elle et au contact plus que visuel avec l’eau. - Offrir une berge enherbée sur laquelle chacun peut venir se poser librement pour profiter de la proximité de la Loire et de l’ambiance qu’elle crée. À la manière de la pelouse devant l’Absence, proposer un espace appropriable par tous.tes et dont les usages varient selon les temporalités.
- Permettre au passage d’être maintenu même quand l’eau occupe l’espace par l’ajout de pontons ou du moins de solutions permettant la traversée en toute situation.
- Laisser la vague passer en proposant des usages alternatifs surélevés comme un belvédère et une guinguette pour admirer le paysage submergé.
- Étendre la zone de résonance des équipements culturels en projetant certains usages qu’ils contiennent déjà ou en en offrant d’autres à l’espace public. Les possibilités sont multiples de l’extension des places à la création de toits-terrasses.
- À la manière des folies de Tschumi mais sans l’idée de trame (voir références), faire émerger des éléments saillants cohérents de par leur structure, leur couleur ou leur forme pour créer de nouveaux points de repère. Il peut aussi bien s’agir d’une plateforme grimpant dans les arbres du cours Cambronne que d’une passerelle qui surmonte l’axe routier du projet Archipel.
- Miser sur le mobilier urbain pour signifier le lien dans l’espace public en installant des éléments qui se prolongent d’une rue à l’autre. Par exemple un banc sans fi n qui peut prendre de multiples usages et esthétiques.
- Représenter littéralement la traversée en utilisant un marquage au sol ou plus général dans l’espace public. Autrement dit, utiliser la fresque au sens large pour inciter à l’utilisation des venelles.
CARTES POSTALES

GLORIETTE PLAGE
Alors que les berges devaient être repensées, celles-ci se sont transformées en plage desservie par les chemins dessinés du parc Archipel. Ce dernier prend place entre les deux fronts bâtis qui délimitaient anciennement le bras de l’Hôpital, un espace longtemps dédié au stationnement des voitures avant son réaménagement. Le marché, représenté ici par le marchand de beignet, n’a pas été déplacé mais seulement réagencé. De chaque côté, la Médiathèque Jacques Demy (à gauche) et la Piscine Léo Lagrange (à droite) sont surmontées par la figure masculine qui leur a donné leur nom, comme c’est souvent le cas dans la toponymie de la ville. L’une représente la culture, l’autre le sport, deux pratiques à mettre en lien dans ce quartier. Les femmes sortent alors de la piscine en maillot de bain, déploient leurs parasols pour se protéger du soleil frappant et profitent d’un livre emprunté à la bibliothèque d’en face pour se poser au bord de la Loire.
RUELLE ANIMÉE
Afin de rediriger les flux du quartier et de pallier la méconnaissance des axes mineurs, les venelles du secteur n°07 ont subi une opération de revalorisation. Dans ces passages étriqués, la vie se veut animée par des frictions d’usages. Des équipements sportifs invitent à une pratique extérieure tandis que des tables sont mises à disposition pour discuter, manger, travailler, etc. La superposition programmatique permet un partage de l’espace sans que les usager.ère.s ne se dérangent, bien que ces passages soient étroits. Une intimité et une proximité qui encouragent les interactions dans un cadre coloré, végétalisé et hospitalier.


LIAISONS DANGEREUSES
Ici, la création de passages pour traverser d’un équipement à l’autre est matérialisée par un pont continu duquel on accède aux équipements par des toboggans. Il prend la forme de l’ancien pont transbordeur de Nantes, anciennement visible depuis le bassin de la piscine Léo Lagrange, et s’étend en un plongeoir relié au toit de la piscine. De ce dernier, on saute dans la Loire débordante qui devient alors un bassin naturel. La montée des eaux est ici exagérée, seuls les équipements subsistent, supposant que le sport et la culture sont les seules choses qui émergent et auxquels on peut se raccrocher quand la nature reprend ses droits.
PRÉSENTATION VIDÉO
Le site de L’eau monte, les interstices se remplissent présenté en vidéo
– rendu programmatique du 27/11/2025 –

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