Replacer les questions d’acheminement alimentaire au cœur du métabolisme urbain
Ali akpinar, Pauline babu-riou, duvallon mahé, enogat mathieu, houot le gal lucie, lefranc zoé
Le système d’acheminement actuel à l’échelle régionale
Avant de nous concentrer sur l’échelle du secteur, nous avons tout d’abord pris de la hauteur et porté notre attention à l’échelle régionale. Il en est émergé un constat : les marchandises et autres ressources nourricières arrivent en ville par camions, via les autoroutes. Ce système achemine les denrées alimentaires en périphérie des villes, dans les M.I.N. (Marchés d’Intérêt National) et non pas en leur centre.
En parallèle, nous avons pu observer qu’à proximité d’exploitations agricoles locales, se trouvent des modes d’acheminement plus propres. Parmi eux, un réseau ferré plutôt bien développé, ou bien un réseau fluvial. Ces équipements pré-existants laissent d’ores déjà entrevoir nombre de potentialités.
Carte régionale : Le constat d’une utilisation massive des voies routières
Carte régionale : Le paradoxe de la présence de voies ferrées et fluviales à proximité des exploitations agricoles
Le canal Saint-Félix, cœur d’un nouveau système
Par le passé, le MIN se situait au cœur de la ville. Historiquement implanté dans le quartier champ de Mars, il a été déplacé sur l’île de Nantes et a récemment été relégué proche du périphérique, à Rezé. Ces constats nous poussent à nous interroger sur les raisons de ces choix ? On relègue la logistique qui permet aux villes de se nourrir dans sa périphérie. Est-ce que cette logistique est sale ? Pourquoi la cacher ?
Ce projet est abordé par le prisme d’une dimension prospective. Nous partons du principe que dans un futur proche, les villes tendront à se densifier : plus de besoins et moins de surfaces. De plus, nous pouvons nous attendre à une montée des eaux ; une augmentation du niveau de la Loire ou de l’Erdre. Nantes étant l’ancienne Venise de l’Ouest, nous avons suggéré ses anciens canaux sur cette carte afin d’illustrer les potentialités d’un réseau fluvial Nantais. Enfin, nous pourrions également nous attendre à une piétonnisation de la ville, réduisant du fait la place de l’automobile et des équipements qui lui sont liés. Tous ces éléments nous poussent à porter notre attention sur le réseau fluvial comme mode d’acheminement à développer.
Le canal Saint-Félix semble avoir le potentiel pour être le cœur de ce réseau. En effet, il constitue une vraie porte d’entrée dans la ville. Il s’agit d’un nœud intermodal avec la gare et la confluence entre l’Erdre et la Loire. De plus, comme exprimé lors de la phase des délires programmatiques, le parvis de gare Sud constitue l’aile manquante du papillon, à mettre à l’échelle de gare Nord. Le site étudié en à tous les atouts, avec l’immense potentiel infrastructurel d’une zone de plaisance surdimensionnée.
Ainsi, c’est en bord des berges du canal saint Félix que notre nouveau cœur du réseau logistique fluvial de Nantes s’implante. De ce centre partiraient des bateaux venant irriguer différents points de la métropole : des marchés ou des zones auxquelles ils peuvent s’amarrer et proposer leurs produits sous forme de marché flottant.
Le type de bateau employé serait une toue, un bateau traditionnel nantais spécialisé pour la navigation sur l’Erdre et la Loire. Une toue peut fonctionner en autonomie et s’assembler avec neuf autres bateaux pour passer de la toue au tout et ainsi former un véritable plancher flottant.
Manifeste
Quand on s’éloigne de gare Sud, il y a toujours quelque chose à faire : une exposition à la tour LU, un spectacle à la cité des congrès ou un match à Marcel Saupin. Mais sur le quai Malakoff, il y a pas grand chose. Parfois on va prendre un verre sur la barge, c’est vrai mais… 9 mois sur 12, il s’y passe rien. Je me suis toujours dit que c‘était dommage, ce grand parking dans un endroit avec autant de potentiel. C’est vrai, c’est un axe d’entrée de la ville, à la confluence de l’Erdre et de la Loire, sur un grand nœud intermodal mais aujourd’hui, on a un parking. Pas étonnant que tout le monde sorte à gare nord, ou attende son train au jardin des plantes. Ici, les gens ne font que passer et seules les voitures dialoguent entre elles, et pas toujours cordialement. Enfin, Demain je verrai cet endroit pour la dernière fois avant un moment. Maintenant que mes études sont terminées, je suis attendu à la ferme de mes parents, près d’Angers. Pour autant je suis sûr qu’un jour, je descendrai du train, et je me dirigerai vers gare Sud.
Il y a quelques jours, on a reçu une lettre à la ferme. Un Marché d’intérêt Métropolitain s’installerait au cœur de la métropole Nantaise, et on y jouerait un rôle. Alors aujourd’hui, je suis retourné à Nantes pour la première fois en 10 ans, Et lorsque j’y ai posé le pied, c’était pour aller vers gare sud. Et ce, pour constater que le quai que j’avais connu monotone et inanimé était maintenant occupé par Des enfants faisant du roller, un groupe de coureurs se suivant le long de l’eau, Et des gens de toutes les couleurs et de tous les genres mangeant ensemble à la même table. Tous se retrouvent sous d’immenses halles et s’assoient sur la berge avec les pieds dans l’eau. En m’asseyant avec eux, on m’explique que si j’étais venu quelques heures plus tôt, J’aurais vu Les dizaines de camions et les travailleurs venus charger les dizaines de toues déjà dispersées aux 4 coins de Nantes. Et que si j’étais arrivé un peu après ça J’aurais vu Le marché et l’affluence de flâneurs inondant le plancher flottant formé par les toues amarrées. Enfin on m’explique que, vers la gare J’aurais entendu Les négoces des restaurateurs et marchands se bataillant des bacs de carottes, ou de choux-fleurs. Autour de la table, beaucoup d’anciens précaires ou en situation irrégulière ont pu trouver leur place dans le projet Beaucoup aussi ont salué les évènements mis en place, plus seulement réservés à la cité des congrès, Et les enfants qui n’ont pas accès au stade, ont maintenant un endroit où jouer. Et nous, les producteurs, on se retrouve au centre de l’agitation urbaine pour la première fois depuis un moment, Dans un projet qui met la lumière sur notre activité, et permettra à une ville entière de mieux manger.
Carte du système logistique du MIM
Le M.I.M., Marché d’Intérêt Métropolitain
Concernant l’implantation, le centre logistique prend forme sous des halles le long des berges du Canal Saint-Félix. À titre d’exemple, le MIM a une superficie égale à 4 fois celle du marché Talensac. Une partie de la toiture recouvre l’Erdre et c’est ici que les toues viennent s’assembler en attente de chargement.
Rapports d’échelle
Les infrastructures du système logistique
Pour mettre en place ce réseau, la première étape consiste à penser un système de logistique cohérent. Nous avons donc séparé les flux d’approvisionnement des ressources alimentaires en 2 segments. Le premier par acheminement ferroviaire avec les trains de FRET en s’implantant en continuité de la gare et le second acheminement par voie fluviale en s’implantant sur les berges de la Loire légèrement en amont du canal St Félix au niveau des berges de Sarrebrucks.
Sur chacun des 2 emplacements, la marchandise est déchargée chaque matin dans les hangars puis directement chargé grâce à un système de pont roulant dans des camions à destination des berges pour être acheminé sur les toues. Chaque hangar contient également une salle de négociation à la manière des criées. Les professionnels peuvent s’y approvisionner en produits fraichement livrés, cet espace constitue une forme de premier espace public au sein de notre projet. Pour justifier la mise en place d’un tel système, nous avons dû penser nos équipements en rapport avec les échelles des différentes entités de nos secteurs. Comme la gare mais aussi celle de la ville avec Talensac avec des superficies permettant de répondre de manière crédible à une telle logistique. Enfin, nous avons essayé de rentrer dans le détail du dessin des hangars avec le choix de matérialités en lieu avec nos usages et notre schéma de pensée. Nous avons donc imaginé les soubassements des murs et poteaux en matière minérale ici du granite pour résister aux potentiels chocs et pour les parties supérieures, l’utilisation de polycarbonate qui, grâce à sa transparence, permet de montrer dans l’espace public la question de l’acheminement alimentaire au sein des villes.
Axonométrie de l’acheminent par voie ferrée Axonométrie de l’acheminent par voie fluviale
Organisation de la plateforme
Le Marché d’Intérêt Métropolitain se formalise par une bande technique permettant les fonctions de stockage et logistique couverte par une large toiture. L’ensemble est rendu poreux en créant une bande accessible le long des berges et en ouvrant ponctuellement la bande technique sur l’Erdre. Les camions chargés entrent dans la bande technique et sont déchargés par un système de pont roulant. Les ponts roulants viendraient ensuite charger les 120 toues en marchandises. Ponctuellement dans la semaine, on pourrait envisager que les toues chargées restent à quai pour être investies sous forme de marché flottant.
Coupe de la distribution de l’espace
Faire espace public itinérant
Autrement, les toues chargées se désassemblent pour aller irriguer les différents points de la métropole et se reformer en tout à des points d’amarrage. C’est par ce système que nous envisageons de faire espace public, mais un espace public qui serait fixe ou itinérant.
Axonométrie de l’assemblage des toues
Axonométrie des halles réversibles
Penser les usages en fonction des temporalités
Enfin, une telle logistique d’acheminement et de chargement des marchandises se déroule essentiellement tôt le matin. Ce constat nous a poussé à nous questionner sur comment le MIM pourrait faire espace public à d’autres temporalités, tout en sachant que son usage principal reste celui d’une plateforme logistique. On pourrait en effet imaginer que cet espace soit investi pour des pratiques sportives (en raison de ses dimensions généreuses), tant sur terre que sur l’eau. La bande technique pourrait être investie en vestiaire. Le mini MIN peut aussi conserver sa vocation nourricière en se transformant en lieu de distribution de soupe populaire, tout en mobilisant les acteurs du secteur tels que l’Autre Cantine. La distribution des soupes populaires pourrait aussi se calquer sur le modèle d’acheminement de la plateforme : par les toues. En raison de sa proximité avec la gare, l’endroit pourrait être investi pour le tourisme et les actions culturelles, comme un point de chute du VAN qui pourrait proposer des visites de Nantes par les eaux. Enfin, les grandes dimensions du MIM pourraient lui permettre d’accueillir des scènes de spectacles/concerts pour faire vivre le site à toutes les heures de la journée.
Collages d’ambiances : les usages au fil de l’eau
PRÉSENTATION VIDÉO
Le site de Mini MIM, Maxi TOUE présenté en vidéo
– rendu concours du 18/12/2025 –
Les autres propositions pour les quais Saint-Félix