L'(e)auberge Saint-Félix

L’hospitalité en chantier

Constança Anunciação, Laetitia Demarcq, Bulle Favennec- -Ciprian, Myrtille Germain, Ayla Krireche

Dans une ville, la gare est un lieu totem. C’est un point de repère, un lieu de rendez-vous, de rencontre, de passage. Des voyageur.euse.s s’y pressent ou y attendent, des travailleur.eus.es y passent et des personnes en grande précarité y voient un espace d’opportunité.

Un.e passant.e peut aujourd’hui sortir de la gare par le Nord et se balader au Jardin des Plantes sans jamais fouler sa pelouse. Un.e voyageur.euse en escale peut aller acheter un café au restaurant d’en face ou se contenter d’un sandwich industriel et le manger hâtivement sur le parvis sud minéralisé. Si un besoin pressant lui vient, elle pourra payer cinquante centimes pour pouvoir utiliser les toilettes de la gare. Un.e travailleur.euse d’Euronantes voulant se ressourcer sur les quais du canal St-Félix se contentera des pavés et des effluves de gasoil du parking qui le borde. Une personne sans abri, après avoir glané çà et là quelques pièces sur le parvis, pourra attendre les distributions de l’Autre Cantine, association du quartier, pour avoir un repas chaud. Tous.tes s’en satisferont mais aucun.e ne refuserait plus d’hospitalité. 

L’hospitalité est dérivée du latin hospes, qui signifie hôte ou étranger. L’hôte est à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. Ainsi, l’hospitalité c’est aussi bien donner que recevoir, donner réciproquement de son temps et de sa personne. Mais comment rendre un espace public, et en l’occurrence une berge bétonnée, hospitalier ? 

Pour nous, cela se traduit par un accueil inconditionnel et par un partage, matériel ou de connaissances. L’hospitalité doit être aussi dans la définition de l’espace public.

Au travers de notre projet, nous souhaitons permettre à tous.tes de subvenir à leurs besoins primaires, comme chaque espace public le devrait,  au travers d’une capitainerie fragmentée. Nous souhaitons que notre projet soit un chantier perpétuel qui s’adapte à la fois aux usages, aux changements de la ville, aux saisons mais aussi à plus long terme, aux évolutions conjoncturelles, en s’appuyant sur les acteur.ice.s déjà présent.e.s et sur des intervenant.es ponctuel.les. Nous souhaitons que quiconque passant, attendant ou venant sur les berges se dise qu’iel est arrivé.e à bon port.

JETER L’ANCRE

La mise en place du chantier

Afin de mettre en chantier l’eau-berge, le projet nécessite des étapes préalables. Il s’agit de préparer les quais à accueillir les futurs programmes. Ainsi entre la gare et le pont Tbilissi le sol est déminéralisé et rendu perméable. Les fondations en béton d’une grande esplanade permettent  d’implanter temporairement différentes structures.  Autour des futurs constructions, les berges deviennent un parc, à l’inverse du jardin des plantes, il ne s’agit pas d’un espace d’agrément mais d’un parc utile et surtout hospitalier.

A terme ce sera un espace planté offrant des cheminements ombragés. La densité des frondaisons est variable selon les essences et la saison offrant ainsi des ambiances lumineuses éclectiques. La densité du bois quant à elle dépend des degrés d’intimité nécessaires et forme différents seuils. La disposition des pontons et des péniches le long du quai est également revisitée afin de proposer d’autres emplacements.

Sous les pavés la plage : Le dégrappage de la berge
Du parking au parc : Revégétalisation participative de la berge
Faire de la place : la construction d’une esplanade

INSTANT 0

L’hospitalité sous le prisme de l’accueil

La capitainerie fragmentée

À l’instant 0, sont présents les non négociables de notre site. Pour nous il s’agit d’abord de garantir les besoins primaires des usager.e.s de l’espace public. Cela se matérialise par une capitainerie fragmentée. Nous proposons donc différentes amarres en bois et matériaux de réemploi, le long du quai, positionnés en fonction des flux et d’après une trame. Ils prennent la forme d’octogone car c’est une forme concentrique qui encourage le partage et les interactions. C’est aussi l’occasion d’expérimenter la mise en œuvre de charpentes, démonstratives du savoir-faire des Compagnons du Devoir.

L’hospitalité sous le prisme des savoirs-faire

Le chantier perpétuel

Ce chantier permet de mettre en valeur les connaissances déjà présentes et de les transmettre durablement. Les constructions adaptables, réversibles et réemployables peuvent être placées dans le parc ou, pour les plus monumentales, sur l’esplanade en béton de 1000 m² prévue à cet effet. Ce chantier permet à l’espace public d’évoluer au gré des mois, des années ou des décennies. En échange la capitainerie augmentée constitue sa base vie. Pour que le chantier reste perpétuel, l’entretien des espaces eux-mêmes devient chantier permanent dont il faut prendre soin collectivement.

LE CHANTIER AU FIL DU TEMPS

Un mois

À l’échelle d’un mois, le chantier produit l’hospitalité sous des formes variées. Il permet d’accueillir différents événements ponctuels, ainsi, des marchés ou des concerts deviendraient l’occasion de se retrouver et d’apprendre de nouveaux savoirs-faire. C’est un espace évolutif qui s’adapte aux usages au travers des constructions faites à l’atelier-école. Enfin pour garantir sa perpétuité, il fait aussi l’objet d’une maintenance et d’un réaménagement régulier. Il s’adapte alors aux besoins ponctuels autours de la création et l’expérimentation de nouveaux équipements.

Une année

À l’échelle d’une année, le chantier et ses structures évoluent au gré des saisons offrant des espaces de partage adaptés. L’esplanade peut devenir un point chaud en hiver, accueillant une structure permettant de s’abriter autour d’un brasero. Elle serait remplacée à la saison chaude par un amphithéâtre accueillant divers événements en plein air. Les constructions sont réversibles et se transforment lors de chantiers annuels laissant passer l’air l’été ou protégeant ses usager.es à la froide saison.

Une décennie

À l’échelle d’une décennie, nous souhaitons que notre projet demeure en phase avec les évolutions de la ville et s’adapte aux conjonctures. Cet espace restera appropriable et hospitalier quel que soit le futur. Ainsi, si le canal s’assèchait, s’ il ne restait plus que les parcs apportant fraîcheur en ville il continuera de servir de lieu de refuge . Dans le meilleur des cas, il n’y aura plus besoin de logements d’urgence. Ainsi le bateau larguera les amarres et il ne restera que l’hospitalité au sens du partage et l’imagination des usager.e.s continuant de réinventer l’eau-berge Saint Félix.

PRÉSENTATION VIDÉO


Le site de L'(e)auberge Saint-Félix présenté en vidéo
– rendu concours du 18/12/2025 –


Les autres propositions pour le canal Saint Felix