02. L’ouverture comme grille de (re)lecture

Réinventer Port-Boyer autour du patrimoine existant

BELLAMINE Malak, HOUOT-LE GAL Lucie, MORAND Nathanaël


UNE SITUATION INITIALE FRAGMENTÉE

Entre les murs d’enceinte, les maisons individuelles et ses boulevards, le secteur 02, situé entre Port Boyer et le Parc du Plessis-Tison, demeure un quartier fragmenté.

La sonnerie des écoles rythme les journées, mais hors des heures de classe, la vie se retire derrière les clôtures. Le parc du Plessis-Tison et la vallée de l’Erdre offrent un cadre paysager exceptionnel, pourtant souvent tenu à distance, alors qu’ils constituent des espaces de respiration pourtant essentiels dans le paysage métropolitain.

Ici, les espaces se frôlent sans se rejoindre : chaque entité – scolaire, résidentielle, naturelle – fonctionne en vase clos, comme si le quartier s’était construit sur la disjonction plutôt que sur la rencontre. Les axes automobiles créent des coupures, les aménités existantes restent sous-exploitées, et les parvis scolaires demeurent des seuils silencieux. Les espaces publics, bien qu’ils occupent une surface importante du secteur, se situent en retrait, là où ils pourraient devenir de véritables façades publiques tournées vers le quartier. Par ailleurs, les temporalités scolaires, domestiques et des loisirs sont encore très segmentées et manquent d’interstices où les usages pourraient se croiser.

Arpentage du terrain
Cartes à Jouer

Les cartes à jouer sont utiles pour comprendre les lieux principaux du quartier et débuter la compréhension des enjeux du secteur.

Chemins de traverse

Tisser des liens entre Port-Boyer et Plessis-Tison par des mobilités douces.

Les deux quartiers fonctionnent aujourd’hui en parallèle sans réelle connexion piétonne ni piste cyclable qui les relie. Les pôles scolaires, public d’un côté et privé de l’autre, séparés par un tissu résidentiel manquant cruellement d’espaces publics, créent des polarités à dépasser. Travailler une continuité Est–Ouest permettrait de dépasser l’entre-soi, d’ouvrir des usages et de diversifier les parcours quotidiens pour une plus grande mixité sociale. Ainsi, former des liaisons en un maillage doux constituerait la première étape de la création d’un parcours à l’échelle du secteur en suscitant une plus grande porosité qui permettra également de constituer une balade métropolitaine unique.

Entre Deux sonneries

Transformer les parvis d’école en espaces de jeu, de rencontre et de sociabilité.

L’ensemble Blanche-de-Castille, l’école élémentaire de Port-Boyer et le collège Libertaire Rutigliano, rythment la vie du quartier par les entrées et sorties de cours. Mais les parvis ne sont que peu aménagés et constituent des temps morts urbains. Par le travail de la lisière scolaire, comment protéger élèves et parents des dangers de la route ? Où garer les vélos ? Mais surtout, comment penser des aménagements qui prolongent les usages au-delà du strict temps scolaire ? Les parvis deviennent alors un enjeu pour la création d’espaces de jeu et de rencontre, permettant de faire de l’école une porte d’accès vers un parcours éducatif à travers le secteur, plutôt qu’un îlot fermé entre deux grilles.

Habiter les murs

Un écrin de biodiversité à l’origine d’un parc d’aventure pédagogique.

Situé sur l’ancien domaine de Plessis-Tison, le vaste parc arboré de Blanche-de-Castille constitue une richesse paysagère centrale du quartier. Ouvert sur l’école mais peu utilisé, il reste inaccessible depuis l’espace public dont il est séparé par un imposant mur de pierre. Pourtant, la végétation dense et continue qui en dépasse suscite la curiosité du passant. Travailler cette lisière, notamment par le biais d’ouvertures ponctuelles ou de dispositifs pédagogiques, permettrait de révéler ce patrimoine tout en le préservant.
La possibilité de relier cette forêt urbaine au parc du Plessis-Tison, créerait une séquence nature-école inédite où la lisière devient support d’expériences sensorielles et éducatives,.

RDV au Plateau ?

Un vide à révéler : un espace pour la pratique libre et les rencontres.

Le plateau sportif, constitue un lieu désolé, enclavé entre les établissements scolaires et le tissu résidentiel, dôté d’un revêtement inadapté et limité d’accès au public hors des temps scolaires. Alors même que la pratique sportive rythme le quotidien des plus jeunes du secteur, ils choississent de meilleurs espaces que celui-ci pour s‘entraïner.
Pourtant, sa position centrale et sa vue dégagée par rapport à ses bords très construits en font une poche d’hospitalité idéale, mais il faudrait pour cela le revitaliser. En désartificialisant le sol, en repensant les usages, et en le rendant plus poreux et modulable, il deviendrait un lieu de détente et de croisements entre générations.

Le chemin des écoles

Recomposer l’axe scolaire comme une colonne vertébrale hospitalière.

Situés face à face, l’école et le collège forment le coeur éducatif du quartier. Mais la rue de l’Eraudière constitue une barrière : difficile à traverser, elle fragilise la relation entre les deux établissements et les usages des espaces publics alentour, notamment le plateau sportif. Hors des temps scolaires, les habitants évoquent un sentiment d’insécurité lié au manque d’urbanité du lieu. Chaque jour, cette rue accueille enfants et familles, une dimension symbolique et sociale à exploiter. Cet axe devient un fil conducteur qui relie les points d’intérêt, et où s’articulent les différents temps du quartier – apprentissage, sport, et vie quotidienne – plutôt qu’une simple voie de transit.

Les âges se répondent

La résidence autonomie de Port-Boyer : un seuil intergénérationnel à valoriser.

En bordure de l’école élémentaire de Port-Boyer, la résidence autonomie constitue la dernière étape du cheminement avant l’Erdre. Aujourd’hui en retrait, elle pourrait devenir un espace d’accueil et être davantage valorisée. En effet, sa proximité avec l’école en fait un lieu privilégié pour des rencontres intergénérationnelles, favorisé par son vaste jardin potager encore peu exploité et son atmosphère accueillante créée par des fresques.
Cette lisière, encore silencieuse, a le potentiel de conclure le parcours par un moment apaisé, où les rythmes résidentiels et scolaires se frôlent sans se contraindre.
C’est un espace qui donne le ton : attention au vivant, convivialité, apprentissages simples.

Descente pédagogique vers l’Erdre

la vallée de l’Erdre comme horizon du parcours à travers le secteur.

L’Erdre est séparée du quartier par des enclaves foncières et des coupures formées par les axes routiers constitue un potentiel inexploité. L’accès aux berges est principalement privé, alors qu’il s’agit d’un patrimoine riche pour le secteur : la continuité entre les identités paysagères est bloquée par les infrastructures scolaires, notamment le lycée Maritime et Blanche-de-Castille. Relier cet élément naturel du secteur permettrait de réinscrire Port-Boyer dans le paysage nantais au travers de la biodiversité, de points de vue, et d’usages contemplatifs.
Cet accès donne à la déambulation dans le quartier son aboutissement : un horizon vivant où le transect s’ouvre sur le paysage naturel.


POUR UNE CONTINUITÉ DES USAGES

Nous défendons l’idée d’une ville poreuse et apprenante, où les lieux du quotidien deviennent des supports d’expériences partagées. Nous imaginons une continuité de cheminements piétons reliant entre elles les infrastructures scolaires, les entités paysagères, et les poches d’hospitalité en favorisant les rencontres intergénérationnelles. Ce parcours s’inscrirait dans les grandes lisières écologiques du transect, en reliant le quartier aux continuités métropolitaines existantes, et s’appuierait sur la pédagogie autour des questions de biodiversité, de sport, et d’apprentissage.

Ce réseau compose une ville éducative et sensible, faite de seuils, de pauses et de regards partagés, qui favorise la mixité sociale et le partage du patrimoine existant, en révélant les continuités paysagères du quartier sans pour autant limiter l’emprise des infrastructures publiques ou privées. Il articule les temps courts des usages quotidiens aux temps longs du vivant, en mettant en scène la richesse du site évoluant au gré des saisons.

Longer et s’installer

Notre approche consiste à prendre le parti des marges et des lisières en longeant les points saillants du secteur, des entités à préserver et valoriser, qui permettent la pause dans la balade en s’arrêtant dans des espaces publics enrichis et recomposés en de véritables parcs urbains.

Penser Port Boyer aujourd’hui, c’est refuser la segmentation des espaces et des vies.
C’est faire de la traversée un prétexte à la rencontre, de la marche un acte d’apprentissage, du paysage un outil de pédagogie.
Transformer la ville ici, c’est révéler un territoire vivant hospitalier – mêlant éducation, sport et biodiversité – où la proximité devient le premier geste d’urbanité et où chaque lisière devient un lieu d’expérience.


2 SCÉNARIOS PROGRAMMATIQUES

Afin d’unifier et d’égaliser le quartier et de répondre aux enjeux, nous proposons la réalisation de 2 scénarios. Chacun s’articule autour de trois piliers :

  • Rouvrir le sol et valoriser la biodiversité, pour profiter des paysages végétaux et des entités existantes, renouer avec le vivant et créer une continuité entre parcs, coeurs d’îlots et berges.
  • Diversifier les cheminements pour tisser une ville éducative, en développant la traversée Est-Ouest et les continuités physiques et symboliques entre les polarités par l’exploitation des lisières pour transformer la balade en un outil de lecture du territoire.
  • Créer des poches d’aménités et de convivialité intergénérationnelles, en augmentant la surface et la qualité de l’espace public afin qu’il soit véritablement investi, et en rendant praticables les marges et les interstices.
Scénario 1 : Le château de Port-Boyer

Le premier scénario propose d’assembler l’école élémentaire de Port-Boyer, le collège Libertaire Rutigliano, le plateau sportif et la résidence autonomie pour créer un domaine, une nouvelle centralité paysagère à Port-Boyer similaire au parc historique du Plessis-Tison et de Blanche de Castille, à l’est du secteur. Cela donne une nouvelle identité forte au quartier permettant de rassembler les habitants et de rééquilibrer la balance entre les polarités du secteur. Sur le même principe, nous souhaitons également renforcer la dimension domaniale manifeste dans le Parc de Plessis-Tison.

Ces parcs-châteaux incarnent l’idée de transformer ce qui existe déjà en une véritable alternative, qui réinvente l’équilibre du quartier et donne à Port-Boyer une identité aussi forte que celle de son voisin du Plessis-Tison.

Scénario 2 : Suivre les lisières

Le second scénario propose d’unifier le secteur autour d’une descente progressive vers l’Erdre qui traverse le quartier en longeant les franges des équipements publics. Cette continuité réorganise le rôle des écoles, du plateau sportif et de la résidence autonomie, qui deviennent autant de façades paysagères tournées vers un parcours réinventé.

Le plateau sportif devient également le cœur symbolique et géographique du secteur en accueillant de multiples activités sportives, culturelles, ludiques et intergénérationnelles.

Cette descente vers l’Erdre est une invitation à repenser les marges comme des lieux à part entière. C’est un projet qui restitue une profondeur écologique au quartier, lui redonne des prises sur son paysage, et inscrit Port-Boyer dans une continuité avec la vallée de l’Erdre.

Ces scénarios interrogent la transformation urbaine à travers plusieurs questions :

  • Comment rendre visible et accessible la biodiversité sans la fragiliser ?
  • Comment atténuer les coupures automobiles et valoriser les infrastructures paysagères comme vecteurs de lien ?
  • Comment revitaliser un ancien quartier maraîcher à travers un parcours attractif, convivial et ressourçant ?
  • Comment investir les aménités existantes pour créer du commun ?

PRÉSENTATION VIDÉO


Le site de L’ouverture comme grille de (re)lecture présenté en vidéo
– rendu programmatique du 27/11/2025 –


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